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IA en cabinet comptable : près de 9 heures avec un expert-comptable, séance par séance
Quatre rendez-vous en un mois avec le cabinet Roads Expertise Comptable, sur Pennylane. Ce que Claude a fait, ce qui a marché, ce qui a coincé, et ce que l’expert-comptable en dit lui-même.
Par Pablo Goffinet, fondateur d’OSERIA ·
Le cabinet et le point de départ
Le cabinet, c’est Roads Expertise Comptable : environ 150 dossiers, tout sur Pennylane. Son associé gérant, expert-comptable, utilisait déjà Claude, mais dans sa version en ligne, comme on pose une question à un moteur de recherche. Nous ne citons pas les noms de ses clients.
Ce qui lui pesait, il l’a dit dès la première séance : « ce qui est récurrent et pénible, c’est la facturation ». Une cinquantaine de factures par mois, préparées à la main, avec des lignes de paie qui changent d’un client à l’autre.
Les séances se sont faites en visio, sur son ordinateur, avec ses vrais dossiers. Elles ont été enregistrées : les citations de cet article viennent des transcriptions.
| Date | Durée | Sujet |
|---|---|---|
| 10 septembre | 30 min | Premier échange sur Pennylane |
| 18 septembre | 2 h 52 | Donner une mémoire à Claude, premiers automatismes |
| 24 septembre | 2 h 32 | Refacturation des paies, CRM |
| 9 octobre | 3 h 03 | Ses factures chez ses clients, garde-fous, agent |
| Total | 8 h 57 | Pauses comprises |
18 septembre : donner une mémoire à Claude
Première étape, installer Claude sur son poste. La version en ligne ne voit ni ses fichiers ni ses outils. Ensuite, un coffre Obsidian : un dossier de notes que Claude lit et complète, avec ses clients, ses procédures et ses outils. C’est ce qui évite de tout réexpliquer à chaque conversation.
Au départ, il était sceptique : « c’est abstrait, quand même, comme notion ». Nous avons branché Pennylane, avec un jeton d’accès rangé dans un fichier à part, jamais collé dans la conversation. Puis Gmail et son site.
Le premier test dans Pennylane
Le test : passer en « facultatif » des opérations sans pièce, sur un seul dossier. L’API a refusé. Claude est alors passé par le navigateur, comme le ferait un collaborateur, et l’a fait. Après une recharge de la page : « Ah, ben il a coché, donc ça marche, quoi. »
Dans la foulée, un contrôle de données : la liste des sociétés dont les associés ne sont pas renseignés dans Pennylane. Et une routine sur ses mails, qui prépare des brouillons de réponse à partir du contexte du coffre. En les parcourant : « Tout est prêt, quoi. »
Ce qui a coincé
La facturation, justement. Son logiciel de facturation n’a pas d’API. Claude a bien lu la facture du prestataire de paie, mais la mise à jour dans le logiciel n’a pas abouti avant la fin de la séance.
24 septembre : la refacturation des paies
Chaque mois, il refacture les paies à partir des factures de deux prestataires. Le tarif et le nombre de paies changent selon le client, et ses consignes étaient notées à la main sur la facture précédente.
Claude a produit un tableur de refacturation à partir de ces factures et de ses notes. Sa réaction : « c’est assez incroyable quand même ce qu’il fait avec l’écriture manuscrite ».
La première version était fausse sur une règle : les paies saisies par défaut n’étaient pas traitées comme il le voulait. Il a corrigé à la voix. La deuxième version a reconnu d’elle-même le dossier interne du cabinet. « Il y a de l’intelligence, ce n’est pas que des statistiques. » Puis : « je pense que c’est concluant pour les payes ».
Son estimation du gain : « je vais gagner bien deux heures par mois facile ». Sa conclusion de méthode : « c’est mieux de passer quand même par un intermédiaire, un fichier Excel intermédiaire ». Le tableur reste un point de contrôle avant la saisie.
Un CRM, et un raté
Un CRM libre, Twenty, a été installé sur son poste et rempli depuis son tableur Google. Le tableau de bord, lui, n’était pas fiable : « très très optimiste ». L’ancien outil maison du cabinet n’était pas récupérable : nous avons laissé tomber.
En fin de séance, Claude a commencé à remplir les factures provisoires dans le navigateur. « C’est marrant, il parcourt tout comme quelqu’un. » Le travail a été lancé, mais pas vérifié jusqu’au bout pendant la séance.
9 octobre : ses factures, chez ses clients
Sa demande, dictée à la voix : vérifier que toutes ses factures de cabinet sont bien saisies dans la comptabilité de ses clients. Claude a repris toutes les factures 2026 et sorti, dossier par dossier, l’écart entre ce que le cabinet facture et ce que le client a enregistré.

Sa réaction : « Ah oui, il a des écarts partout. » Ce contrôle, d’habitude, il le demande à ses collaborateurs. Claude a ensuite produit un plan d’action, dossier par dossier : les factures à réclamer, les écarts à rectifier depuis janvier. « Oh la vache. » Puis : « c’est de la révision ».
Des règles avant d’agir
Avant que Claude touche aux dossiers, deux règles : vérifier qu’aucune pièce n’existe déjà avant d’en déposer une, et faire valider chaque action par l’expert-comptable. Le périmètre a été limité à 2026, l’exercice 2025 étant clos.
Premier test : pour Claude, la facture d’août du cabinet manquait chez un client. Il a vérifié à la main dans Pennylane : « Il a raison, en fait. » Claude a ensuite lettré les deux lignes. Avant cela, le jeton d’accès n’avait pas les bons droits et a dû être refait.
La validation humaine a servi : dans le plan d’action, Claude avait classé une facture impayée comme un écart. Il a corrigé, et Claude a repris la liste.
En parallèle
Pendant que Claude récupérait les factures de l’année dans le logiciel de facturation, mois par mois parce qu’il ne permet pas de téléchargement en masse, nous avons lancé autre chose. Claude a lu les contrats de travail rangés dans ses dossiers et en a tiré un modèle réutilisable, un « skill ».
Enfin, un agent a été installé pour la saisie, les rapprochements et les relances. Il tourne sur Claude, en autonomie contrôlée : il prépare des brouillons, n’envoie rien, et commencera par un seul dossier pilote. En fin de séance, il était configuré mais pas encore testé.
Ce qu’il en dit
Il reste prudent, et il a raison : « pour l’instant ça prend autant de temps qu’avant parce qu’on est encore en train de tâtonner ».
Mais il a aussi dit : « Si c’est fiable, ça met quand même en lumière la faiblesse des process. » Et, sur ce que cela demande : « Ça demande aussi plus de rigueur, je pense, vu que l’IA a besoin de plus de contexte vraiment fiable. »
Ce que nous en retenons
Partir du poste, pas du navigateur. Claude installé sur l’ordinateur, avec le contexte du cabinet dans un coffre de notes. L’extension du navigateur sert à exécuter, pas à réfléchir.
Donner le but final. Dans chaque conversation, écrire ce que l’on veut obtenir avant de lister les étapes.
Garder un point de contrôle. Un tableur intermédiaire, relu avant la saisie, plutôt qu’une écriture directe.
Valider chaque action dans un dossier. L’erreur sur la facture impayée a été rattrapée parce qu’un humain relisait.
Sans API, le navigateur. Ça marche, plus lentement, et sous surveillance.
Ranger les accès à part. Les jetons dans un fichier séparé, jamais dans une conversation.
Un autre cas réel : près de 7 heures avec Brandon Muller, chez Axiome Associés. Pour aller plus loin : le guide du MCP Pennylane, l’IA et le rapprochement bancaire, et le secret professionnel face aux outils d’IA.
Questions fréquentes
Faut-il changer de logiciel comptable ?
Non. Le cabinet est resté sur Pennylane. Claude s’y branche par l’API quand elle le permet, et par le navigateur quand elle ne le permet pas, comme pour son logiciel de facturation.
Combien de temps avant d’en gagner ?
Après trois séances, il le dit lui-même : pour l’instant, ça prend autant de temps qu’avant, parce qu’on tâtonne encore.
Les gains sont ponctuels : il estime gagner deux heures par mois sur la refacturation des paies, et le contrôle de ses factures chez ses clients, d’habitude confié à ses collaborateurs, a été préparé en une séance.
L’IA agit-elle seule dans les dossiers ?
Non. Chaque action dans un dossier passe par sa validation, et l’agent installé prépare des brouillons sans rien envoyer. Cette règle a déjà servi : elle a rattrapé une erreur de classement.
Comment se passe une séance de coaching ?
En visio, sur votre logiciel, avec un vrai dossier. Une séance dure une à deux heures. Celles de ce cabinet ont été plus longues, parce qu’il voulait avancer sur plusieurs sujets à la fois.
Dans ce sujet
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